Théaspi
Si le cinéma se situe au cœur de notre culture, nous avons souhaité abordé le thème de cette troisième édition de Cinespi (L’apocalypse) à partir d’une mode d’expression artistique permettant une interaction directe entre le public et les artistes porteurs de l’œuvre. Ainsi, deux moments de théâtre, accompagnés de deux lectures, constitueront des temps forts du festival afin d’alimenter les discussions, tables rondes et autres réflexions sur la dimension apocalyptique de plus en plus présentes dans les œuvres artistiques d’aujourd’hui, et pas seulement dans le cinéma.
Première journée : le 14 octobre 2010
19H30 : Lecture apéritive de l’Apocalypse par Cécile Chèvre (30 min).
20H30 : L’heure du Diable de Fernando Pessoa (Présentation de L’Etape 2 du processus de travail) Mise en scène Fabien Dariel. Avec Fabien Dariel, Gaëtan Vandeplas, Émilie Maréchal.
La rencontre, un soir après le bal, entre une jeune épouse enceinte de quelques mois et le diable. La jeune mère a soudainement, sans raison, inconsciemment, décidé de rentrer chez elle à pied, au clair de lune : elle va, ainsi, exhorter la parole de celui qui est « l’hésitation de toutes les intentions ». Un moment que le diable s’offre pour se définir, porté par la volonté d’initier l’enfant dans le ventre de la mère pour qui cela restera, dans sa mémoire comme dans celle de la mère, comme un rêve. "Je suis, en effet, le diable. Ne vous effrayez pas pour autant, car je suis réellement le diable et, donc, je ne fais pas de mal. Certains de mes imitateurs, sur terre et au-dessus de la terre, sont dangereux, comme tous les plagiaires, parce qu’ils ne connaissent pas le secret de ma façon d’être. Shakespeare, que j’ai souvent inspiré, m’a rendu justice : il a dit que j’étais un gentleman."_ Renseignements au 0497.97.61.62
Deuxième journée : Le 16 octobre 2010
19H30 : Lecture apéritive de Gaudeamus igitur de Serge Goriely, par Fabien Dariel et Renaud Cagna (30 min).
20H30 : LNA ou une voix solitaire , une chronique de Tchernobyl, adaptée de La Supplication de Svétlana Alexievitch, par La compagnie T2. Mise en scène Christian Egger. Avec Anne Carrard, Nicholas Pettit.
L’histoire d’une femme qui se voit confrontée au drame de Tchernobyl alors qu’elle dort paisible-ment à côté de son mari, cette fameuse nuit du 26 avril ! Une explosion, des flammes, de la suie… Des bruits qui sèment la terreur. Eléna habitait, ce soir-là, dans les entrailles du feu, au centre brû-lant de la centrale nucléaire, dans la caserne des pompiers. "Les gens n’ont pas envie d’entendre parler de la mort. De l’horrible… Mais moi, je vous ai parlé d’amour. De comment j’aimais.”
L’Heure du diable
Jeudi 14/10
à 19h30
Lecture apéritive de l’Apocalypse par Cécile Chèvre (30’)
à 20h30
L’heure du diable
de Fernando Pessoa. (Présentation de l’étape 2 du processus de création). Mise en scène Fabien Dariel. Avec Gaëtan Vandeplas, Fabien Dariel et Émilie Maréchal.
L’heure du diable propose un théâtre qui se fabrique peu à peu sous nos yeux, sans effet spectaculaire mais avec le spectateur, sans autre moyen que de raconter une histoire « qui si on l’entendait, nous dirait peut-être la vérité ». Si ce texte me touche au plus haut point, c’est parce qu’il réhabilite le verbe, dans un siècle de la médiatisation à outrance, de la vision à la place de l’écoute, des images à la place des mots, d’une réalité toute contenue dans cette phrase : je ne crois que ce que je vois.
Qui a lu “L’heure du diable” entendra plutôt : je ne crois que ce que je veux (ou peux) voir.
Monter “L’heure du diable” c’est aussi lancer les bases d’une réflexion globale s’imbriquant avec des recherches universitaires axées sur « la crise de l’artiste », un journal « Le répondeur » (journal culturel Citoyen. Blog : www.lerepondeur.over-blog.com) et la gestion d’un lieu à Bruxelles en collaboration avec un cabinet d’architecture (L’Escaut), afin de mettre en place des propositions théâtrales interrogeant (remettant en question) le rapport scène/salle et la relation au spectateur. L’enjeu de cet engagement théâtral étant de savoir s’il peut exister une forme de théâtre en dehors de ce que Guy Debord a (justement) nommé « La société du spectacle ».
Lire le dossier de présentation
LNA ou une voix solitaire
Samedi 16/10
à 19h30
Lecture apéritive de Gaudeamus Igitur de Serge GORIELY, par Fabien Dariel et Renaud cagna (30’)
à 20h30
LNA ou une voix solitaire
de Svetlana Alexievitch
LNA ou une voix solitaire a été adapté de « La Supplication » de Svétlana Alexievitch. Mise en scène de Christian Egger. Avec Anne Carrard et Nicholas Pettit.
Cette pièce a été créé au Nouveau Monde à Fribourg en Mai 2006 avec la présence et la participation pour une table ronde du professeur Albert Jaquard et d’éminents professeurs suisses.
La pièce a été reprise et jouée durant un mois avec succès au Théâtre de Vidy à Lausanne (mars 07).
Aujourd’hui, la mémoire persiste et il est important de ne pas oublier ce qu’il s’est passé. Combien d’hommes et de femmes ont souffert, souffrent encore. Combien sont contaminés. À l’heure où le nucléaire suscite des débats dans le monde entier, il nous semble essentiel pour l’histoire de répandre les mots, de raconter encore et encore l’histoire d’une catastrophe au travers de l’amour d’une femme. C’est pourquoi nous continuons à présenter ce témoignage dans toutes les salles francophones touchées par cette catastrophe et ce monologue si humain.
Pour que tout le monde sache. Il ne faut pas oublier !
Synopsis :
« LNA, une voix solitaire » est un monologue cruel et nu qui nous marque tant les détails sont clairs et précis. C’est l’histoire bouleversante d’une femme qui jusqu’au bout s’est battue pour l’amour de son mari pompier et pour l’enfant qu’elle porte dans son ventre. Une femme qui se voit confrontée au drame de Tchernobyl alors qu’elle dort paisiblement à côté de son mari, cette fameuse nuit du 26 avril ! Une explosion, des flammes, de la suie…Des bruits qui sèment la terreur. Eléna habitait, ce soir-là, dans les entrailles du feu, au centre brûlant de la centrale nucléaire, dans la caserne des pompiers.
En se remémorant des années plus tard, Elena nous offre sa version du drame, avec ses yeux de femme, de mère dans un monologue poignant et véridique. Comment a-t-elle pu survivre, surmonter cette horreur ? Voir, sous ses yeux, l’homme qu’elle aime agoniser avec interrogation. Aucune réponse ne lui sera donnée, aucune explication, jamais. Elle cherchera seule à comprendre ce qui s’est réellement passé ce 26 avril 1986. Souffrance, attente, angoisse, interrogation et incompréhension vont se mélanger dans sa tête… et dans celles des spectateurs aussi. Un témoignage qui ne peut pas laisser indifférent et qui prouve que tout n’a pas encore été dit au sujet de Tchernobyl. Personne n’a oublié, personne n’oubliera jamais !
Tchernobyl plus de 20 ans après :
Le bilan de la catastrophe de Tchernobyl oscille entre 40 000 et 560 000 victimes, voire davantage, selon les estimations.
Le 26 avril 1986, le nom de Tchernobyl est brutalement entré dans l’histoire, à l’occasion de la plus importante catastrophe technologique de l’histoire. Le coeur du réacteur no 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose et prend feu, projetant un nuage de radioactivité dans l’atmosphère dont on a retrouvé des traces dans toute l’Europe. Poussières, aérosols et gaz radioactifs (dont le césium et l’iode) sont projetés dans l’atmosphère. Le quatrième réacteur, nom de code « Abri », conserve toujours dans son ventre gainé de plomb et de béton armé près de vingt tonnes de combustible nucléaire. Ce qu’il advient aujourd’hui de cette matière, nul ne le sait. 20 ans après que retient-on de cette explosion ?
Des hommes, des femmes, des enfants rescapés ont vécu ce drame. Certains s’en souviennent, d’autres préfèrent oublier.
Durant trois années, Svetlana Alexievitch, journaliste et écrivain biélorusse cataloguée de contestataire dans son pays et dont les livres y sont interdits, est revenue sur les traces du drame de Tchernobyl. En voyageant, elle a recueilli les témoignages poignants de certains rescapés dont Elena, une jeune femme qui nous raconte son histoire.
EXTRAITS :
« Je ne sais pas de quoi parler…De la mort ou de l’amour ? Ou c’est égal…De quoi ? »
« Je n’ai pas vu l’explosion, rien que la flamme…Tout semblait luire…Tout le ciel…Une flamme haute…De la suie…Une horrible chaleur…Et il ne revenait toujours pas . »
« Il changeait, chaque jour je rencontrais un être différent. Les brûlures remontaient à la surface…Dans la bouche, sur la langue, les joues…D’abord, ce ne furent que de petits chancres, puis ils s’élargirent… La muqueuse se décollait par couches…En pellicule blanche…La couleur du visage…La couleur de son corps…Bleu...Rouge.. Gris brun… Et tout cela m’appartient…Et tout cela est tellement aimé. On ne peut pas le raconter, on ne peut pas l’écrire »
« Quelqu’un m’exhorte : vous ne devez pas oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé, qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main !
Et moi, comme une folle : je l’aime ! Je l’aime ! »
« Les gens n’ont pas envie d’entendre parler de la mort. De l’horrible …Mais moi, je vous ai parlé d’amour.. De comment j’aimais. »

